Virginie Hanet

Notes de voyage au pays de la disparition et de la mémoire

 

Les cimetières sont pour moi des lieux rassurants. La peur de perdre n'existe plus devant ces pierres tombales immobiles, impassibles et la végétation et le calme ambiant. Le vie y est pacifiée. Les morts se taisent, plus de bavardage, de désirs, de souffrance, de gaîté, de plaisirs, seulement l'évocation d'un nom, d'un espace de temps entre une naissance et une mort. Une relation silencieuse dans laquelle je peux retrouver une mémoire très profonde.

Je photographie ces espaces en toute quiétude. La morbidité ne m'intéresse pas. Au grès d'une promenade, je rencontre un signe, un nom, une couleur ou une matière évocatrice de mémoire, de la mienne, ou celle d'autrui avec laquelle je trouve une résonance intérieure.

Le cimetière m'apparaît d'abord comme une autre dimension de la ville, en retrait, souvent caché. Il laisse paraître le discours des humains sur leurs disparus, de la ville sur ses défunts, sur la construction de la mémoire collective. Les histoires, les drames, les secrets, les amours, les batailles et les guerres, sont enfouis, enterrés, seules les tombent survivent et se transforment lentement.

Mon regard est attiré par ces traces du temps dans la matière et dans la mémoire humaine.

Le mystère du temps et de la mémoire dans la pierre et la matière : abandon, transformation, coloration, décoloration, effacement, vitraux brisés, pigmentation des matières métalliques, développement de la végétation inattentive au repos des dépouilles, détails qui m'évoquent la beauté et la poésie de ces espaces.

Le mystère de la transformation du souvenir de l'absence en nous, la réalisation ou la non réalisation du deuil, comment les morts et leurs souvenirs vivent ils en nous?

L'absence est-elle motrice? Le souvenir, constitutif de ressources internes insoupçonnées et de mémoires humaines ancrées et profondes? Comment le souvenir de l'Autre se transforme t-il? Comment se souvient-on d'un proche au fil du temps et des transformations de notre existence? Qu'est ce que la mort nous révèle de nous même et des autres?

Ces questions, je peux me les poser au cours de promenades dans ces circuits fermés, mais sans chercher vraiment les réponses.

Par les images, j'espère pouvoir parfois dépasser ce que les mots n'évoqueraient pas convenablement vis à vis de ma pensée.

Ces cimetières s'inscrivent dans le réel comme des façades de l'invisible et de l'indicible.

Ici, règnent en maître sereinement et pacifiquement les mystères de la mort et du temps. Ils témoignent du travail du temps sur les matières et les esprits, du mystère du souvenir, de la présence de l'absence.

Photographier ces lieux me permet de montrer un regard de complicité d'appartenance à la même condition humaine, un regard presque familial posé sur ces inconnus et les manifestations matérielles de leur mémoire et de leur souvenir.

Regarder les tombes et marcher en silence, c'est pour moi penser à la grande chaîne humaine des générations dont chacun au présent est le représentant. Bientôt, nous serons peut-être voisins dans une allée végétale, au calme.

Au pays de la disparition et de la mémoire, j'ai noté et relevé des images des cimetières du Père Lachaise, du cimetière Montmartre, de Fontenay le Fleury (Yvelines), de Maillane et de Châteaurenard (Bouches du Rhône).

04/09/2005

Virginie Hanet

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Expo : Nice

LE PIGEONNIER
2 rue Colonna d’Istria - Nice
06 70 93 63 21
06 21 07 93 21

 

 

Questionnaire :

- Qu'est-ce qui vous a amené à faire de la photographie ?

Mon père faisait beaucoup de photos. A sa mort quand j'avais 20 ans, j'ai pris automatiquement presque sa suite, comme un prolongement de regard. C'est devenu peu à peu une façon de m'exprimer essentielle, depuis 17 ans.

- Etes-vous plutôt numérique ou plutôt argentique ?

A vrai dire, je ne me suis toujours pas mise au numériaue; J'ai eu l'occasion de faire des reportages avec des numériques de plus ou moins bonnes qualité, et je conviens que c'est assez agréable de selectionner ou d'éliminer tout de suite une image qui ne nous convient pas. Cependant, avant de passer à un rééquipement complet (imprimante, ordi, scanner,  dos numérique, je continue à aprécier le temps dévolu  à l'argentique, la précision, la qualité des cadrages et des négatifs ou positifs, et le contact avec l'appareil ? Aussi avec le labo.

- Qu'est-ce qu'un(e) bon(ne) photographe ne doit pas faire ?

Trop se faire remarquer. Le photographe cherche l'objet, il ne peut être vraiment sujet et chercher à se mettre en valeur personnellement.

- A votre avis, une bonne photographie de pêche doit-elle sentir le poisson ?

Pas forcément. La mer ne sent pas sans cesse le poisson. Les filets non plus. L'évocation peut toujours parvenir d'une image, d'un reflet secondaire, d'une métaphore...

- Dix conseils pour réussir un projet photographique.

 1 Avoir Une idée.

2 Tenir l'idée le temps de travailler et d'approfondir le sujet

3 Trouver des liens avec sa vie, les relations et les directions liées.

4 Etre patient. Les images sont intéressantes

5 Savoir revenir sur ses pas, même lontemps après. Savoir donner un autre regard, celui du présent relatif.

6 Mettre en correspondance des images, des idées, des convictions, des partis pris.

7 Imaginer diffuser ses images

8 Rechercher des lieux ou des institutions, des privés, des banques d'images, des journaux, des collectifs d'auteurs

9 Savoir se présenter et présenter son travail

10 Garder confiance dans la qualité de son travail, quoi qu'on puisse en dire à l'extérieur. Ne pas perdre ses fils conducteurs.

- Quel prix voudriez vendre un tirage format 30x40 numéroté à 25 exemplaires de votre travail ?

120 €

- Choisissez et commentez une photographie de votre choix en 4 à 7 lignes.

...

- Qu'y a t'il sur les murs de votre salon ?

Certains de mes tableaux , une affiche d'une pièce de théâtre du festival d'Avignon 2005

- Si vous étiez un appareil photo, vous seriez... ?

Un Canon Ae1